Pourquoi j’ai voté la loi EGAlim ?  (Et aussi contre l’inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate)

31.05.2018

Un certain nombre d’entre vous m’ont interpelé sur le projet de loi EGAlim ou m’ont reproché mon vote contre l’inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate. Ces interpellations sont légitimes. Je souhaite y répondre en appréhendant le problème dans son ensemble. 

 

Depuis quelques années, le monde agricole connait sa crise la plus dramatique et la détresse a gagné les campagnes : un agriculteur sur deux perçoit un revenu inférieur à 350€ net par mois, une exploitation en France disparait toutes les 15 minutes, le taux de suicide des agriculteurs en 2016 a triplé en un an, c’est 25% supérieur à la moyenne nationale. Ceux qui nous nourrissent sont en train de mourir de faim. 

 

En même temps, les scandales à répétition dans l’agroalimentaire et les recherches sur le lien entre l’alimentation et la santé publique ont exalté chez le consommateur une demande croissante pour une alimentation plus saine, plus durable et plus en phase avec la préservation de l’environnement. 

 

Fort de ce constat, le Gouvernement a rassemblé, dès sa prise de fonction, toutes les parties prenantes autour de la table, créé un dialogue, condition sine qua non de la réussite sur le long terme : les États Généraux de l’alimentation de juillet à décembre 2017. Ainsi, en concertation avec tous les acteurs, la majorité et le Gouvernement ont abouti à un projet de loi pour changer le modèle économique du secteur agricole tout en garantissant une transition vers une agriculture et une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. 

 

Cette loi donne à nos agriculteurs le pouvoir de vivre décemment de leur travail. En même temps, elle responsabilise ces derniers pour monter en gamme et accélérer la transition agricole dans chaque filière. Comment ? Par exemple en renforçant leur rôle dans la négociation des prix. 

 

Cette loi donne le pouvoir aux intermédiaires de définir une stratégie commerciale viable. En même temps, elle les responsabilise en cadrant et en contrôlant les pratiques agricoles pour assurer une meilleure qualité et une meilleure traçabilité. Comment ? Par exemple en luttant contre les pratiques commerciales déloyales dans la grande distribution. 

 

Cette loi donne le pouvoir au consommateur d’avoir accès à un large choix d’aliments sains, sûrs et durables. En même temps, elle les responsabilise pour qu’ils deviennent des « consom’acteurs », prêts à payer le prix pour la qualité à laquelle ils aspirent. Comment ? Par exemple, en imposant aux cantines de servir 50% de produits de qualités et au moins 20% de produit bio ou encore en renforçant l’étiquetage de certains produits afin de mieux renseigner le consommateur. 

 

L’examen de la loi agriculture et alimentation illustre bien la complexité du monde dans lequel nous vivons. Dans une société, les intérêts divergent et le pouvoir politique a alternativement choyé une partie de la population au détriment d’une autre : on a pu favoriser le consommateur pendant un temps avant de faciliter le travail du producteur pendant une autre période, toujours au détriment de l’un et l’autre et en pariant sur la fidélité électorale qui en découlerait. 

 

Pour finir, parlons du glyphosate. Trop souvent passer par la loi permet aux politiques de se laver les mains d’un problème sans le résoudre en profondeur. Interdire le glyphosate d’ici trois ans, comme un couperet, mettrait le fardeau uniquement sur nos agriculteurs, qui sont déjà dans une détresse inédite. Alors que la France a réussi à baisser de 10 à 5 ans, l’autorisation de renouvellement du glyphosate en Europe, nous devons être exemplaire au niveau national : demander à l’ensemble des acteurs d’être responsables, de s’organiser pour établir des plans de sorties crédibles du glyphosate, et ensuite montrer la voie à l’Europe. Il faut responsabiliser, tout en respectant les engagements du Président de la République, et rester en phase avec les attentes des agriculteurs, des consommateurs et des intermédiaires.

 

Loin de moi l’idée d’être en faveur du glyphosate dans nos champs et dans nos assiettes mais l’esprit inédit de concertation de tous les acteurs menés depuis les États généraux de l’Alimentation me paraissait incompatible avec l’interdiction dans la loi des phytosanitaires d’ici trois ans. 

 

De manière générale, je préfère la responsabilisation et la cohésion à la coercition. L’ensemble des acteurs (politiques, agriculteurs, industriels, chercheurs, etc.) ont toutes les cartes en main pour transformer l’essai. Stéphane Travert, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a dévoilé en avril son plan d’action pour réduire la dépendance de l’agriculture aux produits phytopharmaceutiques. Si les acteurs ne saisissent pas de cette opportunité, comme l’a dit notre Président de Groupe, Richard Ferrand, la loi sera inéluctable. Christophe Castaner, Secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement, a d’autant plus précisé qu’un groupe de travail va être mis en place pour surveiller cette transition : « La confiance n’exclut pas le contrôle ». 

En tant que Président de la Commission des Affaires économiques, je suivrai de près cette transition et je veillerai personnellement à ce que son interdiction soit inscrite dans la loi si les acteurs ne font pas face à leurs responsabilités dans les 18 mois.

 

 

 

 

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